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Les aiguilles de sa montre pointent sur 15 heures lorsque le docteur
Gaunt sort enfin du bloc opératoire à la suite d’un énième pontage coronarien. Dans l’engrenage d’une vie éreintante dans l’art méticuleux de la cardio-chirurgie,
Merope Gaunt souffle quelques minutes en-dehors du bloc. Des infirmières ôtent ses gants en latex recouverts de particules de fluides corporels et de sang poisseux. Le sang. Cette odeur si familière pique ses narines. Elle embaume la pièce stérilisée, et s’y accroche comme une sangsue à sa proie.
Gaunt est une doctoresse reconnue dans le milieu scientifique pour ses publications et se opérations de haute voltige à cœur ouvert. Elle est quelqu’un, dans ce monde, sur cette île.
Merope n’est plus la fille d’un fou, héritière de l’illustre patronyme des
Gaunt. Elle n’est plus une sorcière, c’est une chirurgienne. Une excellente chirurgienne, même.
Merope Gaunt ne peut faire autrement, tous ses souvenirs se sont évaporés à l’instant même où elle s’est réveillée dans un luxueux appartement au début de l’année 2019. Tout ce qui lui reste, ce sont les souvenirs implantés de cette nouvelle vie trépidante et solitaire. Tous les chirurgiens sont des solitaires dans l’âme, après tout, ce n’est finalement pas si étonnant qu’en tant que Moldue, ce soit exactement le type de carrière qu’elle a embrassé.
Merope est enfin dehors, changée en tenue citadine, et regrette déjà les effluves âcres du bloc opératoire. Elle repense nerveusement aux étapes de son opération de l’après-midi. Elle pense toujours à chacune d’entre elles après coup, afin de repérer les failles dans l’exercice de son art. Elle s’imagine en train d’effleurer du bout des doigts les artères obstruées par les dépôts graisseux dissimulées dans la paroi interne du palpitant de ce quadragénaire. Elle se souvient de sa vulnérabilité, touchante à souhait, alors qu’il était étendu complètement nu sur la table d’opération. Des souvenirs qui resteront éternellement gravés dans la mémoire de cette chirurgienne de renom. Il n’y a rien de bien compliqué, au vu du nombre de fois où elle a pratiqué cette opération. Une maladie classique dans son milieu, mais
Merope Gaunt est une diablesse perfectionniste. C’est une obsédée, une compulsive, une maniaque de sa profession. Elle n’a la sensation d’exister qu’entre les quatre murs de son bloc, entourée de son équipe, de son infirmière de bloc attitrée et de son anesthésiste. D’autres s’illustrent par une vie de famille ou des loisirs trépidants, mais la vie de
Merope Gaunt tourne autour de la pratique intensive de la médecine ; elle n’échangerait cela pour rien au monde. Foutaises. Caprices d’une pro du bistouri, une adoratrice des palpitants entre la vie et la mort, du sang frais et dégoulinant entre ses doigts gantés d’un très beau latex bleu turquoise.
Merope Gaunt ne sait absolument pas de quoi elle parle. Elle ignore qu’un joli petit grain de sable va se mettre en travers de sa machine bien huilée. Elle ignore encore qu’une personne particulière va bouleverser son existence en un battement de cil, balayant alors toutes ses convictions pour ne laisser qu’un champ de ruines en lieu et place. Harry Potter. Un homme qu’on a longtemps surnommé
« le survivant ».
16h. Merope Gaunt ne garde aucuns souvenirs de sa vie d’avant, mis à part quelques bribes de conversations ou de flashs aveuglants. Il lui arrive d’entrevoir même la possibilité de caresser son ancienne vie du bout des doigts, lorsque ces vagues submergent son esprit encore troublé. Elle réalise depuis quelques mois que quelque chose cloche dans sa vie. Jusqu’à sa rencontre avec un certain Tom Jedusor, la cheffe du service de cardiologie du Grey Sloan Memorial Hospital était convaincue d’avoir toujours vécu sur cette île. Cette rencontre a éveillé en elle les souvenirs d’une vie passée, de manière anarchique, comme les morceaux d’un puzzle auquel on aurait volontairement enlevé des pièces. C’est d’un pas lourd que
Merope se rend dans le salon de thé Anavrin, situé en plein cœur du quartier de Hogwarts’s Place. Elle se sent tiraillée entre son devoir envers ses obligations professionnelles et son envie de mettre tout sur pause au moins une fois. Les rues sont bondées de monde à cette heure de l’après-midi. Elle parvient, non sans mal, à se glisser entre les passants avec les bras chargés de sacs et de café à emporter. Hogwarts’s Place est un quartier où il fait bon vivre, même si ce n’est pas l’un des plus hype de l’île, c’est un endroit incontournable pour les petits commerces. Elle hésite quelques instants avant de franchir les portes du salon de thé, comme si quelque chose essayait de la retenir en arrière, comme si elle se cherchait des excuses pour retourner sur son lieu de travail. Soupirant intérieurement, la jeune trentenaire balaie ses doutes. Tout le monde mérite de prendre une pause au moins une fois dans la journée, particulièrement quelqu’un d’aussi débordé qu’elle.
Merope estime qu’elle est en droit de s’accorder un peu de répit, en ayant enchaîné une nuit de garde et cinq heures passées au bloc depuis ce matin. Une petite friandise avant de repartir à l’hôpital afin d’étudier les dossiers de ses patients post-op et préparer les opérations prévues le lendemain matin. En pénétrant dans le lieu,
Merope réalise que c’est en quelque sorte l’endroit à la mode. Les tables sont presque toutes occupées, les employés s’affairent pour satisfaire les désirs de leurs clients et ces derniers…ne savent décidément pas quoi choisir entre le latte vegan et les variétés de thé glacé.
Merope est plein d’assurance lorsqu’elle se rend au comptoir afin de commander un latte macchiato au lait d’amande.
« En menu, mademoiselle ? » s’enquit de demander une agréable serveuse aux cheveux de feu et aux beaux yeux en amande. Elle a pris la chirurgienne au dépourvu, puisque
Merope bute quelques secondes sur la question du menu spécial goûter.
« Ah… Non. Quoique... Attendez une minute. » Gênée d’avoir laissé le fil de la discussion lui échapper,
Merope remet l’une de ses mèches brunes derrière son oreille.
« Peut-être bien un scone… Pourquoi pas un cinnamon roll, tiens... » chuchote la jeune femme, plus pour elle-même qu’à l’intention de la serveuse, mais cette interrogation est loin de passer inaperçue.
C’est vers 16h15 que la foudre vint la frapper une seconde fois. Un coup de foudre fulgurant et violent. Un coup de folie, tout comme la première fois, à Little Hangleton. Au point qu’elle est capable de recréer cette scène dans un coin de son esprit, de capturer en mémoire jusqu’à l’odeur mi-sucrée et mi-musquée de son mystérieux inconnu, de se remémorer les intonations exactes de sa voix grave. Alors qu’elle se retrouve entre les brioches et les scones, une apparition vient la détourner de sa contemplation des viennoiseries et autres friandises faites maison. La première chose que
Merope Gaunt découvre de lui, ce n’est pas son visage ou sa carrure, mais le timbre de sa voix. Une voix qui l’emporte presque naturellement dans son sillon de séduction, une voix masculine et légère, qui suscite en elle un feu ardent. Elle glisse dans ses oreilles comme les notes envoûtantes du refrain de l’une de ses musiques préférées.
Merope se sent extatique pendant quelques secondes. Cette voix lui évoque même un lointain son familier… Comme celui d’un ancien amant, d’un ancien amour perdu. Ils se ressemblent tellement. Si
Merope avait encore conscience de ses souvenirs, elle aurait nécessairement fait un point de comparaison entre cet inconnu et son mari, Tom Jedusor Senior. Une beauté ténébreuse, une voix chaude et rauque, il n’y a finalement que le tempérament qui sépare les deux hommes.
Merope s’attarde sur le visage du trentenaire qui s’adresse à elle avec une certaine maladresse. Cette vision trouble la chirurgienne cardio-thoracique au plus profond de son palpitant. Loin d’être aussi glacé qu’elle ne le pense, l’organe fragile de
Merope Gaunt vibre encore pour les beaux garçons un brin rebelles dans l’âme. Cet étranger frappe son palpitant de plein fouet avec la lame invisible d’un poignard. Elle se sent meurtrie par la foudre, ne dit-on pas que celle-ci frappe toujours par deux fois ?
Merope Gaunt se crispe lentement contre son portefeuille, ses longs doigts manucurés tiennent sa carte de crédit, pendant que ses yeux scrutent attentivement chaque détail de l’allure de ce bel inconnu. De beaux yeux bleus lagune, un visage de forme carrée, une peau laiteuse, des cheveux bruns légèrement ébouriffés et une paire de lunettes rondes.
Merope Gaunt est charmée. Elle entrouvre ses lèvres fines en voulant lui répondre, mais son cœur saigne à cette simple idée.
Merope comprend assez vite qu’il est troublé par sa personne. Sa présence, sa beauté, sa longue chevelure brune et ses yeux noisette-miel. Cela lui laisse un étrange pincement au cœur, elle est même persuadée de ne pas mériter cette affection.
Merope soupire intérieurement en se confrontant aux fantômes de son passé, ces démons qui enserrent son âme et s’imposent à elle dans une douleur sourde.
« Eh bien... » Un murmure s’échappe finalement de ses lèvres joliment dessinées, colorées avec un nude bois de rose.
Merope hausse les sourcils, ne pouvant nier l’effet de surprise que cet homme vient de provoquer en elle. Il déclenche en elle des flashs aveuglants, comme des bourrasques qui malmènent tous les recoins de son cerveau. Cet homme réveille les souvenirs de son premier et grand amour, un Moldu snob et antipathique.
Tom. Un homme très beau, brun et aux yeux bleus, exactement comme cet habitué du salon de thé. Elle croit se rappeler de quelque chose d’important, là, ici et maintenant.
Merope répète au moins cinq fois ce prénom en croyant l’identifier comme un détail de son passé.
Tom… Un Moldu… Deux mots qui éveillent en elles les foudres de la colère et de la rancœur.
Qu’est-ce qu’un Moldu ? s’interroge-t-elle. Pourquoi ce mot est-il apparu dans son esprit…comme par magie ?
Merope ne se rend pas immédiatement compte que son regard vient de s’assombrir. Elle en ignore les raisons, mais quelque chose dans ce prénom et ce qui semble être une insulte étrange lui filent des nausées.
Son cœur s’emballe furieusement à l’intérieur de sa cage thoracique, ce qui est manifestement le pire qui puisse lui arriver.
Merope se sent comme déchirée devant une vision trop surnaturelle pour être vraie.
« Merci pour le conseil. » répond-elle en courbant ses lèvres en un sourire sincère, tout en portant son choix sur une autre douceur que les fameux scones secs.
Ce garçon a du goût… Je devrais suivre son conseil. « Je prendrai un cinnamon roll, en plus du latte. Merci. » dit-elle en se détournant du jeune homme dans une tornade de cheveux bruns. Quelque chose semble l’avoir piquée. Elle virevolte, visiblement pressée et enthousiaste à l’idée de poursuivre cette discussion dans un endroit plus approprié. Un endroit beaucoup plus calme qu’un comptoir en pleine effervescence, bondé de clients de plus en plus impatients.
« Vous venez souvent ici ? » Cette phrase n'est pas dénuée d’arrière-pensées.
Merope espère secrètement mettre une heure précise sur un visage et un lieu. Qui sait, peut-être que l’envie de le revoir dépassera ses prérogatives professionnelles ? C’est surtout une question idiote, puisqu’il vient de lui préciser l’aspect des scones, ce qui laisse sous-entendre que c’est un habitué de ce salon.
Merope se flagelle mentalement. Elle confie sa carte de crédit à la serveuse afin de régler sa commande. Lorsque son café est posé sur le bord de la table, elle remarque aussitôt qu’on l’a enveloppé dans un gobelet en carton élégamment décoré et certifié éco-responsable.
« On ne peut leur reprocher de ne pas faire les choses bien. » confie-t-elle en souriant de manière extatique.
Cet homme… Il est beau comme un dieu. Merope s’empare du précieux café d’une main et de sa friandise de l’autre.
NOTES — hey you
j'espère que ma réponse te plaira, dis moi sinon
*hugs to you*